Après le tourisme et la finance, l’IA peut-elle devenir un nouveau pilier pour Maurice ?

Maurice a déjà le tourisme, la finance et l’ICT. L’IA peut-elle transformer notre expertise en produits exportables et créer un nouveau pilier économique ?

Par Renveer Ramsaha

16 min de lecture

En tant qu’entrepreneur ayant grandi à Maurice, je me suis toujours intéressé à la manière dont notre économie évolue et aux secteurs sur lesquels le pays peut construire sa croissance.

Après mon BSc en Economics, Finance and Banking, j’ai commencé à m’intéresser de près à l’intelligence artificielle et à ce qui se développait rapidement à l’étranger. Je voyais déjà des entreprises changer leur manière de travailler, d’analyser l’information et d’automatiser certains processus.

Quand j’ai créé Island AI en 2024, mon idée était assez simple : ces changements allaient également arriver à Maurice, et nos entreprises auraient besoin d’apprendre à utiliser ces technologies dans leur propre contexte.

Depuis, travailler directement avec des entreprises mauriciennes m’a fait voir le sujet différemment.

Plus j’observe leurs opérations, plus je réalise que Maurice possède déjà beaucoup de choses difficiles à construire : des professionnels qui connaissent profondément la finance, l’hôtellerie, le commerce, la comptabilité, le BPO ou encore la compliance.

Cela m’a progressivement amené à une question plus large que celle qui m’avait poussé à créer Island AI :

et si l’opportunité pour Maurice allait au-delà de l’adoption de l’IA par nos entreprises ? Et si une partie de notre prochaine croissance pouvait venir de ce que nous sommes capables de créer avec elle ?

Pourquoi chercher un nouveau pilier ?

Maurice a déjà réussi plusieurs transformations économiques importantes.

Le sucre a longtemps structuré l’économie. Le textile a ensuite ajouté une nouvelle capacité industrielle et exportatrice. Le tourisme, les services financiers puis l’ICT/BPO ont créé de nouvelles sources de revenus.

Ces secteurs restent aujourd’hui importants.

Mais la croissance réelle du PIB est passée de 4,9 % en 2024 à 3,2 % en 2025. Statistics Mauritius prévoit environ 3 % en 2026, tandis que le FMI estime désormais la croissance 2026 à 2,8 %. (statsmauritius.govmu.org)

Dans le même temps, la dette publique devrait rester proche de 88 % du PIB à fin juin 2026 et le déficit du compte courant a atteint 7,1 % du PIB en 2025. (imf.org)

Le problème n’est donc pas que les piliers actuels auraient cessé de créer de la valeur.

C’est que leur trajectoire actuelle nous amène vers une économie qui progresse autour de 3 % par an, alors que Maurice doit simultanément augmenter ses revenus, financer ses besoins publics, absorber les pressions démographiques et rester compétitif face à d’autres économies.

Pour créer davantage de croissance, il faut donc continuer à développer les secteurs existants et ajouter de nouvelles sources de valeur.

C’est exactement ce que Maurice a fait à plusieurs reprises dans son histoire.

La question est : où peut se trouver la prochaine ?

Construire l’infrastructure IA est une première étape

Maurice a déjà commencé à se positionner sur cette nouvelle économie.

Mauritius Telecom dispose notamment d’un data center Tier IV à Rose-Belle et d’un data center Tier III à Rose-Hill. Celui de Rose-Belle offre jusqu’à 3 MW de puissance et plus de 400 emplacements de racks. (myt.mu)

Le pays développe également une High-Tech Special Economic Zone de 83 arpents à Côte d’Or, pensée notamment autour de l’intelligence artificielle, de la finance numérique, des services avancés et des entreprises technologiques ciblant les marchés africains. (edbmauritius.org)

C’est une bonne direction.

Un pays qui souhaite développer son économie numérique a besoin de connectivité, de capacité de calcul, de cloud, d’infrastructures fiables et d’un environnement capable d’accueillir des entreprises technologiques.

Mais pour une petite île comme Maurice, une stratégie principalement fondée sur l’infrastructure physique rencontre rapidement une contrainte : pour continuer à grandir, l’infrastructure doit elle aussi continuer à grandir.

Plus de capacité de data center signifie davantage de serveurs, davantage de refroidissement, davantage de capital et surtout davantage d’électricité.

Or le système électrique mauricien est déjà sous pression.

Le CEB a enregistré un record historique de demande de 567,9 MW le 5 février 2025. Il a également lancé un Demand Response Program permettant de mobiliser jusqu’à 100 MW de réduction de consommation auprès de grands clients commerciaux et industriels pendant les périodes contraintes. (ceb.mu)

Cela ne remet pas en cause l’intérêt des data centers.

Cela montre plutôt qu’ils doivent être une couche de la stratégie, plutôt que sa finalité.

Pour un petit pays disposant de peu de ressources physiques, une forme de croissance devient particulièrement intéressante : celle où les revenus peuvent augmenter beaucoup plus vite que les ressources nécessaires pour les produire.

Un logiciel développé à Maurice peut être utilisé par dix entreprises, puis cent, puis mille, sans nécessiter la construction d’un nouvel immeuble pour chaque nouveau client.

Et c’est ici que notre expertise existante devient particulièrement importante.

L’infrastructure permet à Maurice d’héberger une partie de l’économie numérique. La propriété intellectuelle nous permet d’en posséder une partie.

Notre nouvelle matière première existe peut-être déjà

Maurice possède déjà un secteur technologique significatif.

En 2024, l’ICT/BPO représentait environ 975 entreprises, 34 500 emplois et 5,6 % du PIB. (edbmauritius.org)

En 2025, les exportations de services ICT sont passées de Rs 7,937 milliards à Rs 9,642 milliards, soit une progression de 21,5 % en un an. (statsmauritius.govmu.org)

Mais les développeurs ne représentent qu’une partie de l’opportunité.

L’autre partie se trouve dans des secteurs que Maurice construit depuis des décennies.

Les services financiers représentent 13,4 % du PIB, plus de 20 000 emplois directs et environ 131 milliards de dollars d’actifs sous gestion. (edbmauritius.org)

Des milliers de professionnels y ont accumulé une connaissance très spécifique : KYC, AML, fund administration, structures d’actionnariat, comptabilité, audit, reporting, gestion du risque et compliance.

Nos hôtels ont accumulé une autre forme de connaissance : pricing, revenue management, opérations de resorts, restauration et expérience client.

Nos BPO connaissent le service client multilingue, le back-office et les opérations internationales.

Nos entreprises d’import-export, banques et logisticiens connaissent les documents, les contrôles et les règles du commerce international.

Cette expertise produit déjà de la valeur.

Le prochain saut consiste à la rendre réutilisable.

Lorsqu’un professionnel maîtrise un processus complexe, une partie de son expertise se trouve dans les documents qu’il consulte, les règles qu’il applique, les exceptions qu’il reconnaît et les décisions qu’il sait prendre.

Si une partie de cette connaissance peut être intégrée dans un produit logiciel, elle peut servir plusieurs entreprises, dans plusieurs pays.

C’est ici que l’intelligence artificielle change l’équation.

Les outils actuels peuvent travailler avec du texte, des documents, des emails, des tableaux et de grandes quantités d’informations qui étaient auparavant difficiles à traiter automatiquement.

L’IA devient alors un moyen de transformer davantage de savoir-faire mauricien en propriété intellectuelle exportable.

Et plusieurs petits pays ont déjà montré comment une compétence locale peut devenir une industrie internationale.

Israël : transformer des compétences techniques en entreprises mondiales

Israël a commencé par développer une concentration exceptionnelle de compétences technologiques.

Mais avoir des ingénieurs et des technologies ne suffisait pas.

Dans les années 1990, Israël disposait déjà d’innovations intéressantes, notamment dans ses universités, mais rencontrait des difficultés pour les transformer en entreprises capables d’accéder au marché.

Le gouvernement a alors lancé Yozma en 1993.

Il a engagé initialement 100 millions de dollars et utilisé ce capital pour créer dix fonds privés réunissant des investisseurs israéliens, des sociétés de venture capital étrangères et des institutions financières locales. L’objectif consistait autant à apporter de l’argent qu’à importer de l’expérience, des réseaux et une capacité à développer des entreprises technologiques internationales. (oecd.org)

Le mécanisme était donc :

compétences → entrepreneurs → capital international → produits → exportations.

Au début des années 2000, le marché israélien du venture capital était devenu essentiellement porté par le secteur privé. (oecd.org)

Ce modèle a contribué à créer une économie technologique disproportionnée par rapport à la taille du pays.

Ce que Maurice peut apprendre d’Israël

Le point intéressant n’est pas de reproduire la cybersécurité israélienne.

C’est de comprendre que des compétences existantes peuvent devenir une industrie lorsque le pays construit autour d’elles les bons mécanismes de financement, de commercialisation et d’accès aux marchés internationaux.

Pour Maurice, cette expertise pourrait venir de la finance, du BPO, de l’hôtellerie ou du commerce international.

Finlande : une ancienne industrie peut créer la suivante

La Finlande offre un autre modèle.

Pendant des années, Nokia a concentré autour d’elle des développeurs, ingénieurs et spécialistes des télécommunications et du logiciel mobile.

Cette concentration de compétences a ensuite alimenté d’autres industries.

Le gaming en fait partie.

Business Finland identifie explicitement la présence de Nokia comme l’une des raisons historiques ayant favorisé le développement du mobile gaming finlandais. (businessfinland.fi)

L’État a ensuite utilisé Tekes, devenu Business Finland, pour partager une partie du risque lié au développement de nouvelles entreprises.

Le programme Skene visait notamment à professionnaliser le gaming et à créer en Finlande un cluster capable de réussir sur les marchés internationaux. (businessfinland.fi)

Rovio, Remedy et Supercell font partie des entreprises issues de cet écosystème.

En 2024, la Finlande comptait environ 270 studios de jeux, générant 2,85 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec seulement 4 300 employés. (neogames.fi)

Le chiffre devient encore plus intéressant lorsque l’on regarde les finances publiques.

Business Finland rapporte que Supercell, ses employés et le fonds Kahoon 3 ont versé plus de 2 milliards d’euros d’impôts en Finlande entre 2012 et 2018. (businessfinland.fi)

Quelques milliers de personnes peuvent donc créer plusieurs milliards de revenus lorsque ce qu’elles produisent peut être vendu mondialement.

Ce que Maurice peut apprendre de la Finlande

Une industrie existante peut devenir l’école de la suivante.

Les compétences accumulées aujourd’hui dans nos banques, nos hôtels, nos management companies ou nos BPO peuvent servir demain à construire des produits qui dépassent ces entreprises elles-mêmes.

Estonie : transformer un petit marché en laboratoire

Lorsque l’Estonie retrouve son indépendance en 1991, elle doit reconstruire une grande partie de ses infrastructures avec des ressources limitées.

Elle décide très tôt de miser sur le numérique.

En 1996, le gouvernement lance Tiger Leap.

Les écoles reçoivent des ordinateurs et une connexion Internet. Les enseignants sont formés. Les élèves développent des compétences numériques. En quelques années, l’ensemble du système éducatif devient un terrain de transformation technologique. (oecd.org)

Cette logique dépasse ensuite l’éducation.

Identité numérique, services publics en ligne, taxation numérique et autres infrastructures transforment progressivement l’État lui-même en utilisateur et en terrain d’expérimentation technologique.

L’OCDE considère aujourd’hui le secteur public estonien comme un early adopter et un testbed important pour les systèmes d’IA. (oecd.org)

Le secteur ICT représente aujourd’hui environ 8,5 à 9 % de la valeur ajoutée du pays, l’une des proportions les plus élevées de l’OCDE. (oecd.org)

En 2025, l’Estonie a exporté 13,8 milliards d’euros de services et enregistré un excédent de services de 3,2 milliards d’euros. (stat.ee)

Ce que Maurice peut apprendre de l’Estonie

Un petit marché domestique peut servir de premier laboratoire.

Le gouvernement, les banques, les hôtels et les grandes entreprises mauriciennes peuvent devenir les premiers clients de technologies développées localement.

Les solutions qui fonctionnent ici peuvent ensuite chercher leurs clients ailleurs.

Singapour : monter progressivement dans la chaîne de valeur

Singapour offre encore une autre trajectoire.

Dans les années 1960, le pays commence avec des industries relativement simples et intensives en main-d’œuvre.

Puis il monte progressivement en gamme.

Textile.

Électronique.

Precision engineering.

Pétrochimie.

Semi-conducteurs.

Biotechnologies.

Recherche et développement.

Le pays attire des multinationales, développe les compétences nécessaires autour d’elles, construit les infrastructures et continue ensuite à déplacer son économie vers des activités à plus forte valeur.

Aujourd’hui, Singapour représente environ un dixième de la production mondiale de puces et un cinquième de la production mondiale d’équipements pour semi-conducteurs. (edb.gov.sg)

Ce que Maurice peut apprendre de Singapour

Pour une petite économie, le choix des secteurs compte énormément.

Les ressources ne permettent pas de construire cinquante nouveaux clusters simultanément.

Il faut identifier quelques domaines où les compétences existantes donnent au pays une chance réaliste de devenir très bon.

Irlande : construire des clusters autour de l’investissement étranger

L’Irlande a suivi encore une autre approche.

L’IDA est créée dès 1949 afin de stimuler les entreprises tournées vers l’exportation.

En 1958, le premier Programme for Economic Expansion commence à ouvrir l’économie, encourager l’investissement étranger et placer les exportations au centre de la stratégie nationale. (idaireland.com)

L’Irlande attire ensuite progressivement des multinationales dans des secteurs choisis : pharmaceuticals, medical devices et technologie.

Ces entreprises apportent du capital, mais aussi des processus, des compétences, des réseaux et des fournisseurs.

En 2025, l’Irlande a exporté 138,6 milliards d’euros de produits médicaux et pharmaceutiques, représentant à eux seuls 53,2 % de toutes ses exportations de biens. (cso.ie)

Ce que Maurice peut apprendre de l’Irlande

Attirer une entreprise étrangère devient beaucoup plus intéressant lorsqu’on réfléchit au-delà du nombre d’emplois qu’elle crée immédiatement.

La vraie question devient :

quelles compétences cette entreprise va-t-elle laisser dans le pays, quels fournisseurs locaux vont grandir autour d’elle et quelles entreprises mauriciennes pourront un jour sortir de cet écosystème ?

Cinq pays, cinq méthodes, un principe commun

Israël a utilisé le capital-risque pour transformer des compétences technologiques en entreprises.

La Finlande a transformé les compétences d’une ancienne industrie en une nouvelle.

L’Estonie a utilisé son propre marché et son État comme laboratoire numérique.

Singapour a continuellement déplacé son économie vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée.

L’Irlande a utilisé l’investissement étranger pour créer des clusters exportateurs.

Les modèles sont différents.

Mais leur point commun est simple :

les nouveaux piliers économiques ont été construits à partir de compétences existantes, puis renforcés par du capital, de la formation, de l’infrastructure, des premiers clients et un accès aux marchés internationaux.

C’est cette logique que Maurice peut adapter.

À quoi ressemblerait une verticale IA construite à Maurice ?

Prenons un seul exemple : la compliance financière.

Une management company mauricienne doit collecter des documents clients, identifier les bénéficiaires effectifs, comprendre des structures d’actionnariat, faire des contrôles sanctions et PEP, vérifier certaines informations et préparer un dossier pour validation.

Une grande partie de la valeur vient aujourd’hui de professionnels qui savent :

quel document demander, quelle incohérence détecter, quelle situation nécessite une investigation supplémentaire et quand un dossier doit être escaladé.

Une entreprise technologique mauricienne pourrait travailler avec plusieurs acteurs du secteur pour capturer progressivement une partie de cette expertise.

Le logiciel pourrait lire les documents, extraire les informations, reconstruire les structures, préparer certaines vérifications et faire ressortir les dossiers nécessitant davantage d’attention.

Les premières entreprises mauriciennes deviennent le terrain d’apprentissage.

Lorsque le même produit commence à résoudre un problème chez plusieurs sociétés, il devient progressivement standardisable.

Une quatrième société peut l’utiliser.

Puis une dixième.

Puis une centième située dans un autre pays.

Le savoir-faire accumulé à Maurice devient alors un actif logiciel que Maurice peut vendre plusieurs fois.

La même logique peut s’appliquer à l’hôtellerie, au BPO, à l’audit ou au commerce international.

Pourquoi ce modèle est particulièrement intéressant pour Maurice

Maurice est un petit pays.

Nous avons peu de territoire.

Une quantité limitée de main-d’œuvre.

Une infrastructure énergétique qui doit continuer à être développée.

Et un marché domestique limité.

Dans une économie traditionnelle, ces contraintes deviennent rapidement des limites à la croissance.

Une usine qui veut produire deux fois plus doit généralement acheter davantage de machines, utiliser davantage de matières premières et augmenter sa capacité physique.

Un hôtel qui veut doubler son nombre de chambres doit construire.

Un produit logiciel fonctionne différemment.

Une fois développé, il peut être distribué à beaucoup plus de clients sans augmenter ses ressources physiques dans les mêmes proportions.

C’est ce qui rend la propriété intellectuelle particulièrement intéressante pour les petites économies.

Comment cela peut réellement créer plus de revenus pour Maurice

En 2025, Maurice a importé environ Rs 319 milliards de biens et en a exporté environ Rs 108 milliards.

Le déficit du commerce de biens a donc atteint Rs 211,3 milliards. (statsmauritius.govmu.org)

Un produit technologique vendu à l’étranger crée une source différente de revenu : une exportation de services.

Lorsque cette propriété intellectuelle appartient à une entreprise mauricienne, plusieurs couches de valeur peuvent rester dans l’économie.

Les développeurs et experts métier reçoivent des salaires.

L’entreprise génère des profits.

Elle peut attirer des investisseurs étrangers.

Elle embauche de nouveaux collaborateurs.

Ses employés et ses actionnaires dépensent et réinvestissent une partie de leurs revenus.

L’État collecte des taxes et des impôts sur une économie devenue plus large.

C’est exactement ce qui rend l’exemple de Supercell intéressant.

Et la dette publique ?

Construire une industrie technologique ne rembourse pas directement la dette publique.

La trajectoire de la dette dépend aussi des dépenses de l’État, de ses recettes, de ses déficits et de sa politique budgétaire.

Le FMI appelle d’ailleurs Maurice à poursuivre simultanément la consolidation budgétaire et les réformes capables d’augmenter la productivité et l’investissement privé. (imf.org)

Mais développer de nouveaux secteurs agit sur l’autre partie du problème :

la taille de l’économie qui finance cette dette.

Plus de PIB.

Plus de salaires.

Plus de bénéfices.

Plus d’exportations.

Plus de recettes fiscales potentielles.

Maurice doit donc travailler sur les deux dimensions : mieux gérer ses finances publiques et créer davantage de richesse pour élargir la base qui les finance.

Que devrait réellement faire Maurice ?

Les exemples internationaux donnent plusieurs pistes.

La première consiste à choisir quelques domaines très précis dans lesquels Maurice possède déjà une combinaison forte de compétences technologiques et métier.

Finance.

Hospitality.

BPO.

Commerce international.

Audit et services professionnels.

Ensuite, il faut descendre au niveau des problèmes réels.

« Faire de l’IA pour la finance » n’est pas une stratégie.

« Réduire le travail nécessaire pour préparer et vérifier un dossier KYC complexe » est déjà un problème autour duquel une entreprise peut construire un produit.

Les grandes entreprises et institutions mauriciennes peuvent servir de premiers terrains de développement.

Le capital public peut aider à partager certains risques initiaux aux côtés du secteur privé.

Les multinationales installées à Maurice peuvent devenir des sources de compétences et des portes d’entrée vers les marchés internationaux.

Et les entreprises technologiques doivent être encouragées à passer du projet pour un client au produit qui peut être vendu à cent clients.

Le critère de succès devient alors beaucoup plus concret :

combien de revenus provenant de clients étrangers sont générés chaque année par des technologies et de la propriété intellectuelle développées à Maurice ?

Le prochain pilier peut commencer avec ce que nous avons déjà

Maurice possède déjà des développeurs.

Des professionnels de la finance.

Des experts du tourisme.

Des équipes BPO.

Des spécialistes du commerce et de la logistique.

Des entreprises internationales.

Des infrastructures numériques.

L’enjeu n’est donc pas uniquement d’utiliser davantage l’intelligence artificielle.

Il est de comprendre ce que Maurice peut construire avec elle.

Israël montre comment des compétences peuvent devenir des entreprises internationales.

La Finlande montre comment une industrie peut fournir les compétences nécessaires à la suivante.

L’Estonie montre comment un petit marché peut devenir un laboratoire.

Singapour montre l’importance de choisir quelques secteurs et de continuer à monter dans la chaîne de valeur.

L’Irlande montre comment l’investissement international peut construire des clusters exportateurs.

Maurice peut adapter une partie de chacune de ces approches à ses propres forces.

Prendre ce que nos professionnels savent déjà faire.

Transformer davantage de cette expertise en produits.

Développer et conserver davantage de propriété intellectuelle à Maurice.

Puis vendre ces produits au reste du monde.

C’est peut-être ainsi que l’intelligence artificielle peut devenir bien plus qu’un outil de productivité pour nos entreprises.

Elle peut devenir l’un des moyens par lesquels Maurice construit son prochain pilier économique.

Les questions qui reviennent

L’IA peut-elle devenir un nouveau pilier économique pour Maurice ?

Elle peut y contribuer si Maurice transforme davantage de son expertise métier en technologies et en propriété intellectuelle vendues à des clients internationaux.

Pourquoi les data centers ne suffisent-ils pas à eux seuls ?

Les data centers renforcent l’infrastructure numérique, mais leur croissance exige davantage de capital, d’espace, de refroidissement et d’électricité, alors que les logiciels peuvent augmenter leurs revenus sans accroître les ressources physiques au même rythme.

Quels secteurs mauriciens pourraient servir de base à des produits IA verticaux ?

La finance, l’hôtellerie, le BPO, l’audit, les services professionnels et le commerce international disposent déjà à Maurice d’une expertise métier qui peut être transformée en produits spécialisés.

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